Su-Mei Tse, Variationen
   Galerie Serge Le Borgne, Paris
   23.10 - 19.12.2009

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Communiqué de presse

Su-Mei Tse, violoncelliste de profession, opère dans son travail une synthèse poétique du son, de l'image et du corps, traversant les questions de temps, de respiration et de mémoire. Construite comme une partition, l'exposition Variationen devient une orchestration sans fin. Tenant compte de la tonalité et du rythme entre les oeuvres, chacune oscillant entre temporalités, flux, mesures et nuances, le vocabulaire musical est travaillé tel un matériau avec cette constante idée de visualiser le son.


Dès lors, ayant la mesure exacte, acceptant les résonances et dissonances, Su-Mei Tse pratique l'art du contrepoint, de l'écart, du détournement et du déplacement. "[...] C'est peut-être le creuset culturel dans lequel a baigné Su-Mi Tse (née dans la cosmopolite Luxembourg d'un couple sino-britannique) qui préside au choix de l'artiste de se confronter, en tant que plasticienne, à la question du langage universel que représente la musique. C'est en effet le motif musical, dans tous ses aspects métaphoriques, qui draine tout ce travail déployé en films, photographies, performances, sculptures et installations." De cette double formation musicale et artistique, de ces origines multiples, tout devient question de mélange et de contraste donnant toute son importance à l'idée du "sous-entendu".


L'exposition s'ouvre sur le silence avec l'oeuvre White Noise." Ayant la forme d'un meuble sculpté, en bois laqué à l'ancienne, un disque 33 tours dont la vitesse est ralentie tourne indéfiniment avec des poussières sphériques blanches posées dessus. C'est un peu comme si j'avais sculpté la poussière pour la mettre en évidence en lui donnant la forme de petites notes" précise Su-Mei Tse. Cette "boîte à silence" s'inscrit dans un temps qui préfigure le son, ce moment avant que la musique ne commence. " J'aime jouer avec les mots et je m'intéresse beaucoup aux nuances qui existent d'une traduction à l'autre. L'expression "white noise" en anglais reprend l'idée de neige sonore, le silence qui devient audible. Je dis "neige" mais dans le langage sonore, cela n'existe pas vraiment, c'est la neige de l'expression "Tv snow" que j'emprunte. Ce moment à la télé quand rien ne se passe."















 







Exposition du 23 octobre au 19 décembre 2009. Galerie Serge Le Borgne, 108 rue Vieille du Temple - 75003 Paris. Tél.: +33 (0)1 42 74 53 57. Ouverture du mardi au samedi de 10h à 13h et de 14h30 à 19h.





La prégnance du son est alors essentielle dans le travail de Su-Mei Tse. Dans l'installation Sound for Insomniacs, elle exprime à travers l'image et le son son intérêt pour la singularité et l'individualité de chacun. L'artiste a enregistré le ronronnement de cinq chats différents, photographiés en gros plan, chacun ayant une expression presque humaine. Non sans humour, cette "berceuse" invite à l'expérience de notre sensibilité personnelle et individuelle.


L'enseigne Jetzt=Jetzt (Now=Now, Maintenant=Maintenant) fonctionne tel un métronome. Elle indique que l'instant présent est constamment renouvelé, à chaque seconde, et nous informe de notre existence éphémère. Elle donne ainsi un accent visuel et rythmique à l'exposition.


La photographie Mistelpartitur, sous forme d'un extrait de script pour la vidéo Mistelpartition, montre un paysage formé d'une lignée d'arbres qui apparaît comme une partition musicale. Celle-ci est visualisée par des illuminations émanant du gui des branches hivernales - magique reflet d'une mélodie oubliée.


Goldberg Variationen est la pièce la plus récente de Su-Mei Tse se référant aux expérimentations et virtuations musicales de Glenn Gould, connu entre autres pour ses deux fameux enregistrements des Variations Goldberg de Bach (1955 et 1981). Il s'agit là de la visualisation d'un même morceau de musique, mais enregistré à un temps et une maturité différents dans la vie de Gould. En sculptant le son, Su-Mei Tse transpose et donne forme à ces interprétations remarquables et uniques.


The Master of Go, Le coup fatal s'inspire du jeu de stratégie combinatoire ancestral inventé en Chine (une forme d'échec complexe et subtil). L'artiste s'intéresse à la subtilité du jeu et sa qualité de mystère plutôt qu'aux règles bien précises. C'est justement l'ignorance des règles de ce jeu (symbolisée par le gommage de l'échiquier) qui permet d'apprécier, au sens pictural, ces constellations abstraites. L'artiste se réfère aux positions des pions d'une partie historique de 1938 décrite par Yasunari Kawabata dans son livre Le maître ou le tournoi de Go, une réflexion mélancolique sur le passé et une méditation sur la mort. Cette 4ème et dernière photographie de la série présente le moment fatal du vieux maître, le coup 130 quand "l'armée" noire (pions de l'adversaire) l'envahit, annonçant sa fin prochaine. Ayant tout donné durant ce jeu interminable, le vieux maître meurt quelques mois après. Endurance et persévérance deviennent les maîtres mots de la vaillance, de la force vitale.


Dans la vidéo Floating Memories, un vieux disque 33 tours, légèrement tordu par l'usure tourne lentement. Notre regard est pris par ce léger mouvement ondulatoire. Métaphorique et poétique, l'image est une plongée préminiscente, celle d'un souvenir d'enfance comme un lointain mirage. Ressassant et constant, le crépitement sonore produit par le diamant sur un vinyle qui tourne à l'infini fait revenir à la surface les souvenirs flous d'un passé.


Su-Mei Tse, Variationen

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