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  Yves Trémorin, La dérivée mexicaine
  CPIF, Pontault-Combault
  28.01 - 15.04.2012

Extraits du dossier de presse


Traduire les mythes historiques et contemporains de la culture mexicaine, les faire affleurer visuellement, c’est ce que proposent les photographies d’Yves Trémorin, sensuelles, chatoyantes, mais aussi crues et violentes.


En 2009, lors d’une résidence au Mexique , Yves Trémorin - figure historique de la scène artistique française - entreprend une collection d’images, une forme d’inventaire quasi surréaliste qui interroge les persistances culturelles – ancestrales - dans le Mexique contemporain. Par la représentation photographique et à travers la spécificité des corps, de l’animal ou de l’objet prélevés du quotidien, la dérivée d’Yves Trémorin convoque des figures symboliques qui traversent les différentes strates de la culture mexicaine.


Usant d’un vocabulaire visuel, mis en place dans les années quatre-vingt et longtemps qualifié d’esthétique du banal (gros plan, éclairage cru, cadrage serré, netteté et style descriptif quasi scientifique), il tente là une traduction poétique et percutante des mythes mexicains.


Texte de Claire Taillandier, critique d’art


« Les sculptures de Vincent Mauger ne se contentent pas de prendre place dans un site. Elles le mettent sous tension. Le rapport au lieu est une composante intrinsèque du travail de l’artiste, qui prend le parti de questionner l’espace afin d’en révéler les points de rupture ou d’équilibre. De l’adéquation entre l’espace occupé et le volume proposé naissent des résonances qui sollicitent la sensibilité du spectateur. Celui-ci, happé par le jeu des surfaces, des vides et des pleins, fait l’expérience d’un paysage simulé dont l’échelle oscillerait entre l’infiniment petit et le gigantisme assumé.


Reprenant à son compte les modélisations 3D, Vincent Mauger crée un monde parfaitement ancré dans la matière tangible. Qu’il s’agisse de bois,de parpaings, de métal, de brique ou de polystyrène, les matériaux sont travaillés au-delà de ce que leur matérialité pourrait laisser présager. Avec une certaine économie de moyens et de procédés, la perception des caractéristiques de masse et de solidité se trouve souvent modifiée, dans tous les cas questionnée.


Dans un monde aux distances abolies par la vitesse des déplacements (réels ou virtuels), Vincent Mauger propose un espace à la topographie extraordinaire où il fait bon se perdre. »


Michel Poivert, extrait de La Dérivée mexicaine,
dans cat. La dérivée mexicaine, 2011, édition Loco, Paris


« Pour composer La Dérivée mexicaine, le photographe part en quête de figures et d’objets symboliques. Il fréquente le marché aux sorcières de Mexico, les boutiques et les salles d’entraînement. Armé de son lexique de symboles et de lectures, il compose à son tour un dialecte avec le fruit de ses collectes. La plupart du temps, le photographe convie ses modèles - hommes et femmes, animaux et plantes, bibelots et masques - dans son studio de prise de vue. Parfois, il se déplace et déploie un fond, aidé de ses assistants. Un éclairage pondéré constistue une sorte de base lumineuse qui lui permet de disposer le modèle.


Une fois la pose choisie, le flash fige et révèle le modèle, sur un fond souvent obscur ou d’une couleur accordée au sujet. Mais l’effet est toujours identique : les visages, les silhouettes, les textures et les expressions semblent surgir du néant dans un calme étrange. À cet effet, qui constitue un protocole stable, s’ajoutent les signes, les références et les allusions qui gouvernent tout langage, toute culture.


Mais comment expliquer cette majoration visuelle d’une opération à priori très neutre - une opération de reproduction? [...] Parce que s’y joue le fait social décrit par Walter Benjamin, dans L’oeuvre d’art à l’ère de la reproductibilté technique, mais surtout, à l’inverse du messianisme pessimiste du philosophe, parce que la reproduction est un mode de réenchantement. »




Texte d’Eric Cez


« Yves Trémorin, au cours d’une résidence d’artiste de plusieurs mois au Mexique, s’est donné pour objectif de rendre compte de ce qui caractérise ce pays tant d’un point de vue culturel, historique que mythologique.


Avec ses moyens d’artistes, il rapporte du voyage mexicain un fascinant ensemble d’images tel un ethnologue d’un genre un peu particulier. Son habitude d’extraire par la photographie un objet ou un portrait, de constituer, en quelque sorte, une collection servant l’étude qu’il s’est fixée, prend ici tout son sens. Isolant comme à l’accoutumée ses sujets, ici sur un fond souvent noir, il joue sur la position de l’explorateur occidental partant dans un pays lointain pour en ramener au gré de ses dérives, objets et images qui deviendront comme les reliques muséales nécessaires à la compréhension d’une civilisation aux codes différents des nôtres. Le jeu est d’autant plus fort qu’au regard de ces photographies, se dresse effectivement un véritable portrait du Mexique.


Celui-ci se constitue à travers la spécificité des corps de ses habitants et des représentations de figures symboliques qu’il retrouve dans ses images d’animaux ou d’objets et qu’il transpose dans le champ de l’art contemporain. Nus ou portraits à la gestuelle inhabituelle semblent se référer au seul domaine de la performance alors qu’ils reprennent un langage des signes explicitement lié à des représentations enfouies dans la mythologie collective. Une photographie époustouflante d’un chien noir peut se référer à la figure du Ahuitzotl, un dos tatoué au Quetzalcóatl — le célèbre serpent à plumes , un crapaud photographié frontalement au fond d’une grotte à la déesse Tlaltecuhtli, un lapin stylisé sur un objet d’un kitsch assumé au jour du lapin Tochtli et à sa protectrice Mayahuel, déesse de l’agave et de la fertilité.


Les images mexicaines d’Yves Trémorin évitent tout effet photographique pour se concentrer sur (et concentrer) le sujet. Ce qui est montré n’est jamais anodin, jamais fortuit : plusieurs strates de lecture sont à découvrir derrière la simplicité apparente des images qui pourraient, au premier regard, être considérées comme un catalogue factuel de personnes, d’animaux ou d’objets plus ou moins exotiques.


Outre les références à une culture aux mythologies anciennes, au rapport particulier d’un peuple avec la mort, aux jeux de langages, le travail mexicain de Trémorin n’oublie pas que ce pays a accueilli de grands artistes. Et à travers ces images, se retrouvent aussi d’autres mythologies, plus photographiques celles-ci, que sont devenus les chefs d’oeuvre réalisés par un Edward Weston ou un Manuel Alvarez Bravo. »


Exposition du 28 janvier au 15 avril 2012. Centre photographique d’Île-de-France, 107 avenue de la République - 77340 Pontault-Combault. Tél.: + 33 (0)1 70 05 49 82. Ouverture du mercredi au vendredi de10h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 18h.


La dérivée mexicaine est une exposition coproduite par l’Artothèque de Caen, le Centre Régional de la Photographie Nord-Pas-de-Calais de Douchy-les-Mines, le Centre Atlantique de la Photographie de Brest, le Musée des Beaux-Arts de Rennes et le Centre Photographique d’Île-de-France.


La résidence au Mexique s’inscrivait dans le cadre du programme Breizh Mex, d’échanges croisés avec le Mexique, initié par L’Alliance Française et avec le soutien de la ville de Rennes, du Conseil Régional de Bretagne et de la Ciudad de Mexico, du Centro de la Image, de la revue Farenheit au Mexique.

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